Kamae !


Kamae, bien plus qu’une simple position de combat.

La mise en scène d’une technique ou d’un « kata » historique dépend d’une école à l’autre. Le mot « kata », ne signifie d’ailleurs pas forcément la même chose d’une tradition à une autre. Il faut donc toujours rester vigilant en analysant une vidéo que l’on retrouve sur le web. (cela vaut également lors d’une démonstration ou un cours dans une école)

Dans un souci de bien « passer » à l’écran, on oublie parfois de communiquer l’intensité de la confrontation initialement « prévue » dans la technique historique. La technique ressemble alors plutôt à un enchaînement de mouvements stylisés et non a une situation « authentique » (historiquement ou actualisée).

Je m’efforce toujours de tenter de découvrir comment cela se produirait « en vrai », je tente de reconnaître ce qui pousse cette personne à passer à l’acte, et comment cette autre personne réagit par rapport à ce début de confrontation. A quel moment la situation « débute »? A quelle distance? Pour quelle raison?

Les personnes qui s’entraînent pour obtenir « uniquement » une parfaite exécution technique, réussiront à accumuler un catalogue bien garni de techniques qu’ils seront capable de montrer à la perfection lors d’une démonstration.

Les personnes qui s’entraînent pour « vivre » la technique à la perfection, réussiront à faire passer l’émotion du combat et sortiront grandi mentalement ET physiquement par l’apprentissage de ces techniques.

La marque des « grands » se distinguera par la qualité d’adaptation du principe de la technique, et non seulement par la démonstration parfaite, formatée, d’une technique écrite.

Parfois on peut remarquer que les personnes adoptent une position que nous appelons un « kamae », avant, pendant ou a la fin d’une démonstration.

Notre langage corporel est primordial dans une confrontation. Le kamae est le reflet de notre état émotionnel, et non seulement une position graphique et certainement pas statique.

Certains kamae communiquent la fermeté de notre esprit alors que d’autres sont utilisés dans des moments plus défensifs, d’interception, réceptifs ou même évasifs.

Il est important de saisir toute l’importance de ces différences d’utilisation, il me semble très difficile d’assumer une position offensive, alors que tout notre corps crie au-secours.

Pouvons-nous modifier notre état d’esprit et l’utiliser toute même? Oui, dans certaines conditions.

Cela demande beaucoup d’entrainement, et nous devons habituer notre corps et notre esprit à faire le lien entre la position de notre corps, notre respiration et notre attitude mentale et spirituelle. C’est ainsi que lors de l’entraînement, nous devons absolument y prêter toute notre attention. Quand nous apprenons une technique défensive, essayez à tous prix de ressentir cette émotion défensive pendant les cours, et faite de même quand vous travaillez sur des techniques plus explosives ou offensives. Regardez votre respiration, elle doit correspondre aux mouvements et à votre état d’esprit.

Comment cela fonctionnerait-il dans une situation moderne et/ou réelle?

En regardant une démonstration de techniques en vidéo, on y voit rarement l’élément qui a déclenché la situation.

Dans la vie, l’escalade d’une situation vers un réel problème prend toujours « un certain temps », allant d’un dixième de seconde à 10 secondes (voir plus, selon la situation).

Dans le cas d’un dixième de seconde, nous n’aurons pas à faire un choix rationnel, notre corps prendra le relais « naturellement » avec les outils que nous avons acquis -jusque là-.

Dans le cas où le délai est un peu plus long, nous aurons peut-être le temps d’assumer un changement corporel, structurel et émotionnel afin de modifier notre réaction.

Il existe beaucoup de situations ou votre attitude et votre communication corporelle à elle seule peut prévenir et/ou résoudre des situations délicates, avant même qu’elles deviennent un problème. N’oubliez pas que votre « tenue » est un kamae, votre regard peut être une arme ou peut servir pour désarmer. (on se souvient tous du regard de ses parents au magasin quand on touchait aux choses qu’il ne fallait pas..)

Lorsqu’un agresseur potentiel remarque que vous êtes prêt et attentif à ce qui se passe autour de vous, il pourrait déjà songer à choisir une autre victime. Lorsqu’un agresseur vous approche et que vous assumez une position « défense prêt » (bobi no kamae), vous communiquez ceci à la personne en face, mais vous réveillez en même temps votre corps et vous préparez inconsciemment votre esprit à ce qui suivra.

Dans un autre cas de figure, on pourrait imaginer une situation où vous ressentez un niveau de stress élevé quand plusieurs personnes commencent à se chamailler ou à semer la panique autour de vous. Il est parfois très utile d’avoir un bref instant où vous vous ressaisissez et que vous maintenez une position naturelle, stable, tout en régulant votre respiration afin de reprendre le contrôle de la situation avec une intervention directe ou un déplacement stratégique voire une évacuation ordonnée de vos proches.

Que cela soit pour se calmer l’esprit ou effacer nos inquiétudes face à un speech en public ou le passage d’un test de conduite, ou encore un entretien d’embauche. Quand on est en manque de confiance, ou quand on a besoin d’un petit coup de pouce pour affronter une nouvelle journée au travail, là aussi, nous pouvons préparer cette journée en se focalisant sur un kamae.

La liste est longue…

Je m’imagine que vous vous dites, « alors, je dois assumer un grand -Jumonji No Kamae- pendant que mon chef me dit de faire une corvée ? » ….eugh….pas tout a fait 😉

Les techniques que nous apprenons au dojo, impliquent des positions de défense et de combat.

Ces techniques et ces « positions » nous apprennent à ressentir les différentes émotions qui guident notre corps et nos actions.

Quand nous serons capable de bien faire la différence entre chaque sensation qui est liée aux différents Kamae que nous utilisons durant les cours au dojo, nous pourrons alors choisir d’y associer un petit geste « facile » qui déclenchera cette attitude, au moment voulu.

L’idée ici est comparable à ceci: pour motiver les troupes avant un gros boulot, on frappe dans les mains en disant ALLEZ! Ceci stimule tout un chacun à se donner à fond et le niveau d’enthousiasme est directement relevé d’un cran.

Imaginez que sur un claquement de doigts vous pourriez devenir « prêt » à l’action, prêt à affronter le monde, prêt à vaincre tous les obstacles.

Pensez-y pendant l’entraînement, un bon Kamae, c’est le début de la fin 😉

1 Comment

  1. un mot simple à prononcer.
    un concept difficile à percevoir, il va falloir que je relise plusieurs fois

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